Dans la vie d’un pays, rien n’est figé. Aucune Constitution n’est éternelle, sacrée ou gravée dans le marbre. Elle évolue avec le temps, les contextes et les choix des gouvernants. C’est dans cette optique que sous l’initiative pleinement assumée par les députés, représentants légitimes du peuple, le Togo il y a de cela un an à basculé sous le régime parlementaire à travers le changement de la constitution. L’adoption de la V ème République togolaise s’inscrit dans un processus de réforme institutionnelle continue. Il ne s’agit pas selon les députés d’un basculement improvisé, mais d’une adaptation responsable du cadre constitutionnel aux exigences contemporaines de gouvernance.
À l’instar d’autres républiques dans le monde, cette réforme introduit une clarification des rôles entre les institutions, renforce la stabilité du pouvoir exécutif tout en maintenant les équilibres fondamentaux, et ouvre une nouvelle séquence dans la trajectoire politique du pays. En somme, c’est une réforme de consolidation, non de confiscation. Les changements introduits visent à mieux articuler leadership politique et efficacité institutionnelle dans un contexte national et régional marqué par des défis multiples : sécurité, développement, stabilité. Ces choix ne sont pas arbitraires, ils répondent à une vision stratégique du rôle de l’État dans un environnement en profonde mutation.
La transition vers la Vème République a été portée par les institutions nationales légitimes. Le Parlement, représentant légal du peuple, a exercé sa compétence souveraine en révisant la Constitution dans les formes prévues par le droit. Le Conseil constitutionnel a été saisi. Aucune irrégularité juridique n’a été relevée. C’est donc une réforme pleinement légale, portée par les mécanismes de la démocratie représentative. On ne peut pas dénier à une réforme sa légitimité simplement parce qu’elle ne fait pas consensus. Si tel était le critère de validité d’une réforme, alors aucune transformation politique ne serait jamais possible.
Cette nouvelle constitution promulguée le 6 mai 2024 par le président de la république d’alors, Faure Gnassingbé, malgré sa légitimité reste contestée par une frange de l’opposition et certaines organisations de la société civile.
Toutes reformes suscitent des doutes, des questionnements, des contestations, des frustrations et des incertitudes. Les manifestations de l’opposition contre la nouvelle constitution sont sous cet angle légitimes puisque l’unanimité n’existe dans aucune démocratie occidentale. Observons objectivement les grandes démocraties occidentales : aux ÉtatsUnis, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne… À aucun moment un Président ou un Premier ministre ne gouverne avec l’unanimité. Même les réformes les plus fondamentales qu’il s’agisse de la décentralisation, ou des lois budgétaires rencontrent toujours une part de contestation. Et c’est parfaitement normal. Ce constat vaut aussi pour les grandes figures politiques : aucun dirigeant élu démocratiquement ne fait l’unanimité de son vivant. C’est pourquoi l’objectif, dans une démocratie, n’est pas de plaire à tous, mais de construire des majorités cohérentes, de respecter les textes et d’assumer une vision de long terme. Que certains citoyens, partis ou analystes expriment des réserves ou des critiques à l’égard de la V ème République est non seulement légitime, mais sain dans une démocratie. C’est la preuve que la parole est libre et que les institutions n’exercent pas de monopole idéologique. Mais l’existence d’une opposition ne saurait être interprétée comme une crise de légitimité. Le débat d’idées n’est pas une anomalie, c’est une expression normale de la vie démocratique. Dans cet esprit, l’absence d’unanimité ne doit pas être instrumentalisée pour discréditer une réforme qui a respecté les canaux institutionnels et constitutionnels.
Au-delà de tout si l’opposition pleurait plutôt sur son boycott inadmissible des législatives de 2018?
L’absence d’opposition contestataire au parlement due à son boycott inconcevable aux élections législatives de 2018 demeure une faute fatale pour cette opposition et ses militants. Ceux qui désertent les institutions ne peuvent pas ensuite se plaindre des décisions prises par ceux qui, eux, sont restés dans l’arène. En politique, quand on laisse la place, quelqu’un d’autre la prend.
L’opposition togolaise a choisi de boycotter les élections législatives de 2018, alors même que leurs militants étaient mobilisés, chauffés à blanc, et manifestaient chaque jour. C’était là une occasion historique de s’assurer, au minimum, un quart des sièges au Parlement pour faire attendre sa voix sur des décisions qui concernent la vie de la nation . Mais, pour des raisons qui échappent à toute logique stratégique, les dignitaires de l’opposition ont décidé de tourner le dos à ce rendez-vous démocratique. Incroyable, mais ils l’ont fait.
Alors que sous la médiation de la Commission économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de certains chefs d’Etat de la sous-région, le pouvoir de Lomé avait satisfait à la quasi-totalité des revendications de l’opposition notamment, la recomposition du bureau de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Nonobstant ce lâcher prise du gouvernement, sans aucune consultation de leur base et dans un mépris total des chefs d’Etats de la sous région et de la marée humaine qui s’était emparée en septembre 2017 des rues de Lomé et de plusieurs grandes villes du pays à l’appel de la coalition C14, les leaders de l’opposition contre toute attente ont surpris désagréablement l’opinion nationale et internationale par leur décision de boycotter l’élection. Une décision qualifiée par les militants d’erreur grave et impardonnable car la politique n’est pas un théâtre d’indignation : c’est un terrain d’action. Le comble, avec les mêmes conditions électorales, Madame Adjamagbo, Jean Pierre Fabre et consorts ont accouru de tous côtés pour se présenter aux élections municipales en 2019, après seulement quelques mois. Comment prendre au sérieux une telle opposition qui se permet de jouer avec les sentiments de leurs militants en s’adonnant aux boycotts intempestifs. Pour certains experts en politique , qualifier l’opposition togolaise de plaisantin, n’est pas exagéré .

Le fiasco de l’opposition dans les différentes élections depuis ce boycott inexplicable et l’indifférence des militants face aux agitations et aux appels à des manifestations contre la V ème République sont révélateurs.
Oui, le régime en place cherche à conserver le pouvoir. Et alors ? Quel pouvoir ferait autrement face à une opposition minée par l’amateurisme, l’improvisation et les querelles internes ? Voulez-vous que le pouvoir s’efface de lui-même, sans combat ? Même aux États-Unis, Donald Trump a envisagé de se maintenir au pouvoir. Alors, où est le scandale avec le parti UNIR ? Si l’opposition togolaise crie aujourd’hui à la confiscation du pouvoir par le parti Union pour la République, qu’a-t-elle fait pour faciliter la concrétisation de cette situation?
Dans bien d’autres pays, des opposants déterminés ont, une fois au pouvoir, verrouillé le système plus solidement encore. L’opposition togolaise dans son incohérence ferait bien de redescendre sur terre : le pouvoir ne se gagne ni sur un plateau d’argent, ni dans les discours d’Akassimé. Il se conquiert, avec stratégie, discipline, et présence sur le terrain. Pour l’heure les agitations politiques ne font ni chaud ni froid au peuple togolais, même aux militants les plus radicaux de l’opposition, leurs souhait c’est d’avoir un Togo développé et doté des moyens socio-économiques nécessaires pour le bien-être de l’ensemble de la population . Tout compte fait, les débats actuels sont naturels et parfois passionnés. Mais l’histoire jugera les réformes non pas à l’aune des oppositions immédiates, mais à partir de leurs effets à long terme : sur la stabilité, sur le développement économique, sur le rôle de l’État, sur l’amélioration de la gouvernance. Les grandes réformes sont souvent contestées à leur naissance, mais reconnues par la suite comme nécessaires. L’essentiel est de garder le cap, dans le respect de la légalité et de l’intérêt général.
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