Hier, 24 juin était la date butoire du déguerpissement des occupants des emprises de la rue Bruyère, situées sur le côté sud de la lagune de Hanoukopé. Après plusieurs concertations, aucun nouveau report n’est envisagé. Les autorités communales annoncent l’imminence des opérations de déguerpissement. Une décision qui marque un tournant dans la lutte contre les inondations récurrentes qui frappent la commune de Lomé. Cette confrontation illustre la difficulté des autorités à concilier développement urbain, activités économiques informelles et les desiderata d’une certaine population.
L’opposant farouche et radical du pouvoir de Lomé, Jean-Pierre Fabre, après quelques années seulement passées à la tête de la commune Golfe 4, semble comprendre les difficultés dans la gestion de la cité. Longtemps resté critique et contre la plupart des initiatives du gouvernement ou des institutions étatique et para-étatque, le leader de l’Alliance National du Changement ANC, a pour une des rares fois, vu autre chose que du noir habituel dans un projet gouvernemental.
« Il faut que chacun comprenne que ce projet initié par l’ANASAP est réalisé dans l’intérêt supérieur de toute la population », cette interpellation venant de Jean Pierre Fabre démontre à suffisance la prise de conscience de l’homme qui ne passait son temps qu’à critiquer les décisions des gouvernements. Aujourd’hui qu’il est appelé lui même à diriger, à penser le développement de sa localité, à prendre des décisions d’intérêt commun contestées parfois par certains de ses administrés, l’opposant perd son latin habituel. Il fallait voir quinze ans en arrière, le président national de l’ANC réagir face à une éventuelle contestation des populations à l’annonce d’un deguerpissement des emprises de la rue Bruyère par les autorités municipales d’alors. « C’est de la dictature, c’est du mépris vis-à-vis des populations «on veut chasser les pauvres commerçants sans leur offrir d’autres endroits pour s’installer» des accusations à tort et à travers seraient en ce moment entendues de la bouche de Fabre . Il va sans dire que le maire de la commune Golfe 4 fait enfin le distinguo entre l’émotion et la réalité, entre populisme et la gestion de la chose publique, entre la compassion et la rigueur.
En effet , l’Agence nationale d’assainissement et de salubrité publique (ANASAP) n’attend que la libération des emprises du canal d’équilibre de Hanoukopé dans la commune du Golfe 4 pour entamer l’opération de curage, visant à améliorer l’écoulement des eaux pluviales et à réduire les risques d’inondation dans plusieurs quartiers sensibles.
Toutefois la présence des installations commerciales et de dépôts sauvages le long de la rue Bruyère et aux abords du canal obstruent l’accès des engins. Une situation qui compromet le démarrage effectif des travaux . Dans un premier temps, ANASAP avait adressé aux occupants un avis de déguerpissement sous 48 heures, suscitant inquiétude et tensions parmi les commerçants de la zone. Face aux préoccupations des occupants, le maire du Golfe 4, Jean Pierre Fabre, est intervenu auprès des responsables de l’ANASAP. À l’issue des échanges, la municipalité a obtenu une prorogation exceptionnelle de deux semaines , matérialisée par une nouvelle mise en demeure fixant au mercredi 24 juin à 18 heures le délai impératif pour libérer les emprises. Le jeudi 18 juin, le maire a une nouvelle fois, reçu une délégation des commerçants, venus solliciter un énième report. Après les avoir écoutés, il leur a signifié qu’aucune prolongation supplémentaire n’était désormais possible, les impératifs liés au calendrier des travaux et à la sécurité publique ne laissant plus de manœuvre.
Jean-Pierre Fabre a reconnu les désagréments causés aux commerçants, mais insiste sur l’intérêt collectif : « La commune est sincèrement désolée pour les inconvénients et les perturbations que cette situation cause aux activités économiques des commerçants de la zone . Cependant, ce projet est initié dans l’intérêt supérieur de toute la population », a souligné le maire d’Amoutivé et de rappeler que le projet porté par l’ANASAP répond à un impératif collectif. « il faut que chacun comprenne que ce projet initié par l’ANASAP est réalisé dans l’intérêt supérieur de toute la population» a insisté Jean Pierre Fabre.
À l’expiration du délai, les autorités préviennent qu’à défaut d’une libération volontaire des lieux avant l’échéance du 24 juin , les services municipaux procéderont à l’évacuation forcée des lieux conformément à la réglementation.
En maintenant son ultimatum, Jean-Pierre Fabre affirme son autorité et sa volonté de faire respecter les règles d’urbanisme. Cette décision pourrait servir de précédent pour d’autres opérations similaires dans la capitale, où les infrastructures publiques sont souvent paralysées par des occupations illégales. Au-delà de la question des inondations, l’opération de curage s’inscrit dans une politique plus large de salubrité et de prévention sanitaire. Les dépôts sauvages favorisent la prolifération de déchets et de maladies hydriques, aggravant les conditions de vie des riverains.
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